Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

7 novembre, journée internationale des écrivains africains.

A découvrir ou redécouvrir. Bien entendu, si vous avez des textes à nous faire partager, n'hésitez pas !

« Vous voyez cette blouse blanche ? » D'un doigt accusateur, Madame Malucci nous montre sa blouse. Sa voix légèrement nasillarde traduit une colère naissante. Oh ! Oh ! Qu'est-ce qu'elle va nous sortir maintenant ? Le nez rouge et palpitant (il paraît qu'elle donne dans la bouteille), elle nous mitraille du regard, son message est clair et net. Vous ! Vous, petits boutonneux, vous avez osé ! Ses yeux noirs trahissent son envie de nous étrangler tous et, d'un mouvement collectif, la classe retient son souffle car Madame Malucci, notre prof de physique petite et bossue, nous terrifie tous, nous, les vingt filles et les dix garçons de la Seconde 5. Devant son public captif, elle parle et parle...

C'est demain qu'on s'fait la malle, Alice Endamne,

 

Souvenirs de ma mère 

Maman. Un visage à la Sophia Loren, pommettes saillantes, yeux en amande, nez légèrement aquilin, bouche bien dessinée, et ce teint métis qui tenait du mélange entre la peau très noire de mon grand-père martiniquais et celle, pâle, presque laiteuse, de ma grand-mère d'Oran, d'origine juive espagnole.
Maman, c'était un rire énorme, la tête qui se renversait, la bouche immensément joyeuse, un rire dont je ne voulais pas voir la fin, que je m'amusais à prolonger par mes pitreries.
Des odeurs encore, ce parfum retrouvé par hasard un jour dans un cinéma sur une inconnue qui m'en révéla le nom, « Chanel no 5 », mêlé à l'odeur de sa peau et son sac qui sentait le tabac froid - ma mère faisait semblant de fumer plus qu'elle fumait vraiment -, du parfum encore, mille petites choses qui prenaient un seul nom : l'odeur de maman.
 

Aissatou Thiam - Un grand éclat de rire

 

« On m'appelle Loukoum et j'ai maintenant douze ans. Depuis Le petit prince de Belleville, beaucoup de choses ont changé : j'ai une nouvelle maîtresse, je parle beaucoup mieux le français, je suis plus que jamais amoureux de Lolita, mais la vie n'est pas tous les jours facile. Surtout quand maman décide de prendre un amant, un Blanc par-dessus le marché, et qu'elle se met à vouloir apprendre à lire et à écrire. La liberté des femmes, c'est de la mauvaise graine. Elle pousse n'importe où, même entre leurs cuisses. C'est mon papa qui le dit. Et quand tout Belleville a appris la nouvelle, il n'a pas été le seul à le penser. Les Nègres en sont restés la langue dehors, les yeux sortis de la tête... Mais je vais tout vous raconter... »

Calixthe Beyala - ma mère a un amant

 

 

 

Ibrahima Aya à la Maison du Livre

La poésie comme acte de résistance

En 2011, pressentant le désastre qui s'est abattu depuis sur le Nord Mali, Ibrahima Aya invente, à Tombouctou, la Bibliothèque des Dédicaces : une bibliothèque rassemblant des livres offerts par des auteurs du monde entier, dans l'esprit de lutte contre l'intolérance par le savoir et le livre. Au printemps suivant, la ville subit les pillages, la destruction de manuscrits et une violence insupportable. En réponse, les éditions Tombouctou cofondées par Ibrahima Aya éditent le recueil de poèmes Voix hautes pour Tombouctou.

 Ce livre, fraîchement sorti des presses, rassemble les voix d'auteurs amis du Mali, et réaffirme la nécessité de placer la connaissance et l'échange au centre du débat.

La Maison du Livre fêtera la sortie de ce livre en compagnie de l'auteur-éditeur, qui évoquera pour nous la ville mythique, la diversité des cultures maliennes, sa réalité d'écrivain-agronome au contact quotidien avec les populations. Une soirée d'échange autour de ce qui nous relie, au-delà des frontières, à travers des lectures, des sons, des musiques qui nous emmèneront, pour une soirée, vers les paysages maliens, en compagnie d'un homme qui voyage les yeux ouverts, apportant avec lui sa foi dans la rencontre de l'autre et dans l'acte d'écrire, d'éditer, de faire circuler les mots.

Nuit de Siné (Chants d'ombre) Léopold Sédar Senghor

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques,
     tes mains douces plus que fourrure. 
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne 
À peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu'il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons 
Battre le pouls profond de l'Afrique dans la brume des villages perdus. 

Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale 
Voici que s'assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes 
Dodelinent de la tête comme l'enfant sur le dos de sa mère 
Voici que les pieds des danseurs s'alourdissent,
     que s'alourdit la langue des chœurs alternés. 

C'est l'heure des étoiles et de la Nuit qui songe 
S'accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait. 
Les toits des cases luisent tendrement.
     Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ? 
Dedans, le foyer s'éteint dans l'intimité d'odeurs âcres et douces. 

Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les Ancêtres
     comme les parents, les enfants au lit. 
Écoutons la voix des Anciens d'Elissa. Comme nous exilés 
Ils n'ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal. 
Que j'écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d'âmes propices 
Ma tête sur ton sein chaud comme un Dang au sortir du feu et fumant 
Que je respire l'odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante,
     que j'apprenne à  Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur,
     dans les hautes profondeurs du sommeil.

 

" Omar avait fini par confondre Dar-Sbitar avec une prison.
Mais qu'avait-il besoin d'aller chercher si loin ? La liberté n'était-elle pas dans chacun de ses actes ? Il refusait de recevoir de la main des voisins l'aumône d'un morceau de pain, il était libre. Il chantait s'il voulait, insultait telle femme qu'il détestait, il était libre. Il acceptait de porter le pain au four pour telle autre, et il était libre.

Mohamed Dib - La grande maison

 

 

 

... Je n'en pouvais plus de me languir d'elle, je n'en pouvais plus de tendre la main vers elle et de ne rencontrer que son absence au bout de mes doigts. Je me disais: Elle va te repousser, elle va te dire des mots très durs, elle va te faire tomber le ciel sur la tête; cela ne me dissuadait pas. Je ne craignais plus de résilier les serments, de broyer mon âme dans l'étreinte de mon poing; je ne craignais plus d'offenser les dieux, d'incarner l'opprobre jusqu’à la fin des âges.

Yasmina Khadra - ce que le jour doit à la nuit

 

On est au début des années 80. Banlieue parisienne. La Courneuve. Fatima et ses amies algériennes de la cité se retrouvent au square. C'est leur patio. Elles sont les premières immigrées héroïnes de la littérature française. Dalila, 7 ans, la fille de Fatima, ne quitte pas le flan de sa mère. Elle écoute les histoires du quartier. Violence et tendresse dans l'exil. Bavardages, rires, cris, colères, bagarres, viols ; flics...Dalila, battue par son père, a décidé de gagner.

Leïla Sebbar - Fatima ou les algériennes au square

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article