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Le 15 novembre, a eu lieu la journée mondiale des écrivains en prison.

Le 15 novembre, a eu lieu la journée mondiale des écrivains en prison.

De nombreux écrivains, journalistes sont en prison à cause de leurs idées. Pour en savoir plus :

http://www.pen-international.org/qui-nous-sommes/ecrivains-en-prison/?lang=fr

 

Découvrez un diaporama sur les textes écrits en prison

http://fluctuat.premiere.fr/Diaporamas/Derriere-les-barreaux-11-livres-de-prison-de-Victor-Hugo-a-Jack-Abbott-3915447

 

 

Laurent JACQUA - Maison Centrale de Poissy

a été emprisonné et raconte sa vie en prison. Il a régulièrement alimenté son blog.  Ému par son histoire, Grand corps malade lui a dédié un slam.

https://www.youtube.com/watch?v=tuJLEbPvLyo

 

Texte écrit par Laurent Jacqua sur son blog.

- " C’est l’heure, réveillez-vous ! "
C’est par ces mots et quelques secousses que l’on me tira du sommeil. Il faisait nuit et des ombres s’agitaient frénétiquement autour de moi dans la petite cellule où je me trouvais.
- " Que se passe t-il ? "
Demandai-je en tentant de me lever.
- " Soyez courageux. "
- " Courageux ?! Mais courageux de quoi ? Qu’est-ce que vous racontez ? "
Plusieurs hommes s’approchèrent, l’un deux tenait une vieille lanterne qui éclairait par intermittence leurs visages jaunes et menaçants.
- " Voulez-vous voir le prêtre pour vous en remettre à Dieu ? "
L’homme d’église se faufila entre deux silhouettes sombres et se présenta à moi, l’air grave. Il était en soutane avec une sorte de grand jabot blanc. Tout en me présentant une bible à quelques centimètres de mon visage, il s’adressa à moi :
- " Mon fils repentez-vous afin d’être pardonné, je suis prêt à entendre votre confession. "
J’étais entrain d’halluciner ou était-ce encore un mauvais tour que me jouait l’administration pénitentiaire… Mon esprit fût tout d’un coup submergé par la panique et je me mis à hurler tout en me débattant :
- " Mais vous êtes fou, lâchez moi ? "
A ces mots, l’un des hommes debout près de moi me sauta dessus et me ceintura tandis que deux autres me saisirent les poignets pour me les lier dans le dos avec une cordelette.
J’essayais de me libérer mais impossible de lutter contre ceux qui me maîtrisaient. Soudain je remarquais leurs accoutrements particuliers et cela me paralysa de frayeur et de stupeur. J’étais maintenant bien réveillé et je pouvais mieux les distinguer. J’avais sans doute embarqué dans une infernale machine à remonter le temps car ils étaient vêtus à la mode su 19ème siècle avec des longs manteaux et des chapeaux hautes formes.
Ils me sortirent brutalement dans le couloir où je fus immédiatement encadré par plusieurs hommes en uniforme dont deux me maintenaient fermement les bras comme dans un étau. La procession se mit en marche silencieusement arpentant un long tunnel humide et sombre, seule la voix du prêtre psalmodiant les derniers sacrements résonnait contre les murs épais tandis que nous avancions dans les entrailles de ce qui semblait être une ancienne prison.
- " Mais où m’emmenez-vous ? "
Personne ne me répondit. On entra dans une pièce mal éclairée où l’on me fit asseoir sur un tabouret de bois. Un homme tenant un grand ciseau à la main, s’approcha et tira le col de ma chemise blanche pour le découper de façon méthodique afin de laisser apparaître ma nuque.
J’essayais de comprendre ce qui m’arrivait, mais ce que je voyais, ressentais était tellement intense et réel que la peur m’empêchait de raisonner.
J’avais l’impression d’être dans le corps et l’esprit de quelqu’un d’autre et, je vivais les dernières minutes d’un homme que l’on allait visiblement exécuter.
Après le discours bref et solennel d’un homme de loi, je ne pus retenir que deux choses ; tout d’abord un nom, LACENAIRE puis le fait qu’il était condamné à avoir la tête tranchée.
Comprenant que j’allais être guillotiné d’une seconde à l’autre, je me mis à protester en leur criant que je n’étais pas ce LACENAIRE, que la peine de mort était abolie depuis 1981… Mais je n’eus qu’un silence incrédule en guise de réponse puis, après un instant, l’un deux me répondit d’une voix glaciale que nous étions en 1836 et que j’avais été condamné par la justice à la peine capitale.
Par la suite, ils me traînèrent sans ménagement dans une cour d’honneur face à une grande porte qui, à notre approche, s’ouvrit dans un grincement sinistre. Une brise froide et humide s’empara de tout mon être comme pour me préparer à cette mort inéluctable. Elle était là, la guillotine, imposante, monstrueuse, montant jusqu’au ciel comme une échelle menant vers la promesse d’un au-delà rempli de ténèbres et de tourments.
Une petite foule silencieuse entourait la petite place où elle était installée. Eux aussi portaient des costumes d’époque, certains esquissaient un petit sourire cruel et leurs regards avides suivaient avec délectation mes pas hésitants qui me conduisaient vers l’échafaud.
Toujours solidement maintenu, on me fit monter de force les quelques marches menant sur l’estrade où était fixée la terrible machine à décapiter. Là je me retrouvais face à un bourreau portant une cagoule. Les deux trous noirs qui faisaient office d’yeux me transperçaient l’âme et semblaient ne vouloir qu’aspirer mon dernier souffle pour m’arracher la vie. J’étais au-delà de la peur, au-delà de l’effroi, impuissant, chancelant sur des jambes qui ne me portaient plus. Je levais la tête pour voir du coin de l’œil la lame en biseau scintiller dans un ciel obscur réclamant son sacrifice humain au petit matin.
J’allais mourir décapité dans un siècle qui n’était pas le mien pour un crime que je n’avais pas commis, mais quand allais-je me réveiller pour sortir de ce cauchemar ?
Ils m’allongèrent, me sanglèrent sur une planchette de bois puis me firent basculer et glisser jusqu’à ce que ma tête pénètre dans un trou noir. Je fermais les yeux et quand je les rouvris, mon regard se posa sur le fond d’un panier d’osier taché de sangs séchés. J’entendis le bourreau actionner un levier et ma tête, soudain trop lourde bascula dans le néant…

C’est à ce moment là que je me suis réveillé en sursaut, tout en sueur après avoir vécu toute l’horreur d’une exécution.
Mais qui était ce LACENAIRE ?
Après cette nuit agitée, je me suis précipité à la bibliothèque de la centrale pour y faire quelques recherches sur cet individu dont je ne savais même pas s’il avait vraiment existé. A ma grande surprise, je découvris un personnage ayant de nombreuses similitudes avec mon parcours. J’étais lié à lui de façon très troublante, j’en reste encore stupéfait et déconcerté.

Sur Le Tasse en prison d'Eugène Delacroix

Le poète au cachot, débraillé, maladif,
Roulant un manuscrit sous son pied convulsif,
Mesure d'un regard que la terreur enflamme
L'escalier de vertige où s'abîme son âme.

Les rires enivrants dont s'emplit la prison
Vers l'étrange et l'absurde invitent sa raison;
Le Doute l'environne, et la Peur ridicule,
Hideuse et multiforme, autour de lui circule.

Ce génie enfermé dans un taudis malsain,
Ces grimaces, ces cris, ces spectres dont l'essaim
Tourbillonne, ameuté derrière son oreille,

Ce rêveur que l'horreur de son logis réveille,
Voilà bien ton emblème, âme aux songes obscurs,
Que le Réel étouffe entre ses quatre murs!

 Charles Baudelaire

 

Est-Ce La Vie Ou Moi ? NTM

Mais quel triste sort que de se voir séparé du monde
Que de se sentir à l'étroit comme dans une tombe
Cloîtré, j'ai trop de mal à gérer
L'angoisse que l'incarcération finit par générer
Je voudrais pouvoir m'évader
M'enfuir loin d'ici
Ensevelir mes souvenirs
Et tuer le passé, puis l'effacer
Mettre de côté tout ce que j'ai vécu, c'est le plus difficile à faire
Mais j'espère que cette période d'ombre aura fait la lumière
Sur ce que va devenir ma vie dans l'avenir
Ce que je vais pouvoir faire dès que je vais sortir
D'ici la tête haute, mec!
J'aurais payé ma dette
Je veux que l'on me respecte
Pas pour mes erreurs de parcours
Mais pour mon utopique tentative de retour
A une vie dite normale
Sachez que ça hante mes rêves et que pour moi c'est vital
J'en ai rêvé des tonnes et des tonnes de fois
Mais est-ce la vie ou moi qui a décidé ça?

{Refrain:}
Mais est-ce la vie ou moi?
Mais est-ce la vie ou moi qui a décidé ça?
Mais est-ce?

Trois calendriers déjà, pourtant rien n'a bougé
Puis de nouveau, les mêmes têtes pas réhabilitées
C'était sûr, cela n'a pas évolué
Sauf ce doux parfum d'illusion de liberté
Qui gonfle en moi, et là je crois
Que le monde m'ouvrira encore une fois ses bras
Mais irréconciliable avec la réalité
Face aux exigences de la liberté
6 mois seulement et immanquablement
C'est reparti comme avant, je vais où va le vent
Porté pas mes potes qui m'engrènent, me suffoquent
Sale excuse dont j'use pour me sentir au-dedans plus propre
Mais nous savons bien qu'il n'en est rien
Quoiqu'il advienne j'ai taillé mon chemin
Et je ne sais plus si c'est la vie ou moi
Qui a décidé ça
Pourtant plein de fortes certitudes montent en moi
La défaite en est une
Et la haine en est une autre
A vie elles seront mes apôtres
Apôtres perturbant mes choix, mes repères
Non, sur moi plus rien n'a d'effet, salutaire

{au Refrain}

J'ai recouvré la vue, celle du prédateur
Par laquelle j'ai vu la perspective du bonheur
Erreur, je sais mais la tentation fut plus forte
Brader ma liberté au risque de finir derrière ces portes
Ne sont pas les choses qui m'ont traversées l'esprit
Non, j'ai plutôt fonctionné sans faire le tri
J'aurais dû, c'est sûr, envisager de reconstruire ma vie, mais
J'ai gâché toutes mes chances et mon énergie, ouais!
Tout ça est fini, à l'heure où je parle
Ma vie s'est changée en cavale
Une vie en transit, rien de plus infernal
Que d'être apeuré comme un animal
Chose que j'ai du mal à gérer car j'enrage
De n'avoir compris pour tourner la page
Sur ces business dont je n'évaluais pas l'importance
Comme celui qui fut l'ultime pour faire pencher la balance
Mais je passe sur les détails de cette histoire
Sachez qu'il y a eut mort d'homme, et je vous prie de croire
Que pas un jour ne passe sans que ma mémoire
Ne ravive ce souvenir sans aucun trou noir
Le lieu, l'heure et ce geste de trop, oui
Trop précipité pour que mon cerveau
Puisse, puisse gérer ce geste de trop
Ce geste de trop!...et ce fut clos!

 

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